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La dame aux fleurs brodées

janvier 28, 2019

Je ne suis pas une fille des villes, mais s’il y a une chose que j’aime faire, c’est m’installer dans un café et observer les personnes qui s’y trouvent. EIles deviennent alors les personnages de multiples histoires plus ou moins folles que je garde secrètement pour moi. Autrefois j’avais pour habitude de m’y rendre pour dessiner et m’entraîner à croquer en toute discrétion. A présent j’ai envie de coucher mes petites histoires sur ce blog, ou par écrit car cela apporte quelque chose de marquant aux instants les plus anodins.

 

La dame aux fleurs brodées

 

C’est une magnifique journée d’hiver que nous avons. Ce matin de gros flocons ont virevolté alors que les rayons du soleil transperçaient déjà les cieux. Un paysage à la fois chaleureux et froid que l’on aime contempler bien au chaud derrière la fenêtre.

A mon habitude, tous les lundi, j’aime passer une heure dans un café cosy non loin de mon lieu de travail. On y croise régulièrement les mêmes visages, ce qui crée une sorte de proximité même si nous n’échangeons pas de mots. Une fois à l’intérieur, le parfum enivrant du café nous chatouille les narines et les canapés offrent un confort des plus appréciables. La musique fredonne des airs entre rock, hip hop et jazz, de quoi mettre tout le monde à l’aise.

Assise discrètement dans le coin, adossée au mur, la dame aux fleurs brodées voyage au fil des pages d’un livre dont je ne perçois pas tout de suite le titre. Cette place, je la connais bien, elle offre une vue ouverte sur l’ensemble du café. On s’y sent à l’abri et rien ne peut nous échapper. C’est une femme radieuse aux traits fins et aux cheveux bruns dont les mèches forment de légères anglaises retombant sur ses épaules. Elle porte une robe noire cintrée parsemée de fleurs brodées qui semble être cousue pour elle.  Sur la table se trouvent une trousse et un grand carnet gris. Est-elle étudiante, blogueuse et passionnée ? Ce carnet est-il destiné à prendre des notes sur sa lecture ?

J’aperçois du coin de l’œil le titre de cette dernière : Sorcières – La puissance Invaincue des femmes. C’est drôle car j’ai récemment parcourut plusieures critiques autour de ce livre que je n’ai pas lu. De quelle manière l’aborde t-elle ? Est-ce qu’elle l’a découvert elle aussi à travers les billets de blogs ? Est-ce qu’elle se questionne sur le féminisme ? Est-elle engagée ? Mon esprit commence à s’égarer.

 

La dame aux fleurs brodées a l’habitude d’écrire les soirs d’hiver, à la lumière d’une bougie parfumée. Elle écrit des lettres engagées et lutte à sa manière pour une meilleure condition des femmes dans notre société. Sur les traces de Gabrielle Colette ou de Simone de Beauvoir, la dame aux fleurs brodées s’interroge et se distingue. Elle aime le romantisme, l’indépendance, la liberté.  Son parfum favoris est floral et légèrement épicé, un peu comme elle. Sa douceur apparente n’a d’égal que sa malice et sa détermination.

Elle rêve d’être éditée, lue et écoutée. Depuis quelques années maintenant, elle tente de convaincre les maisons d’éditions indépendantes. Malheureusement la plupart n’ose pas accompagner son combat. Alors elle se sert des moyens modernes pour faire passer son message. Trop maladroite, trop directe, toujours “trop” ! Elle possède un journal en ligne, et chaque mois elle envoi un mail à ses abonné(e)s. Cette longue lettre numérique comporte ses analyses, ses nouvelles et ses récits poétiques. Finalement dans sa sphère, elle se constitue petit à petit des portes-paroles qui peut-être lui permettront de questionner plus d’esprits.

La dame aux fleurs brodées, fatiguée du brouhaha qui se fait plus fort, ferme un instant ses paupières et se déconnecte quelques minutes. La voici assise dans un champs de fleurs aux mille couleurs bercées par une douce brise printanière. Un lieu calme, sans l’agressivité perpétuelle des grandes avenues citadines. Un endroit où son inspiration est à son paroxysme. Ce jardin, elle le connaît bien, puisque c’est ici qu’elle a cueilli toutes les fleurs qu’elle a brodé sur sa tunique. Son refuge intérieur qui la protège du grondement infernal de sa vie militante. Lorsqu’elle aura réussi à publier son premier essai, elle voudrait tenir des conférences et elle pourra sentir son sang bouillir, le trac monter et le plaisir d’être enfin écoutée. Son cœur palpite à cette idée, ce qui la tire de sa rêverie. Puis, tout doucement je la vois qui referme son livre, dont elle ne tournait plus vraiment les pages. Retour à la réalité, le téléphone vibre, le café est consommé. Ce soir elle écrira de nouvelles pages.

Il est temps pour moi de quitter cet endroit et de rejoindre mon quotidien. La porte du café se referme avec toutes ses histoires palpitantes qui n’attendent que d’être imaginées…

By sifhel

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3 comments

  • Nymeria

    28 janvier 2019 at 19 h 26 min

    Oooh c’est magnifique ! Tu écris très bien et je me suis tout de suite représentée cette dame aux fleurs brodées, qui me semble sympathique 🙂
    J’adore 😀
    Alors merci !

    1. sifhel

      29 janvier 2019 at 9 h 43 min

      Bonjour Nymeria

      Merci pour ton petit mot. Ca me fait fait plaisir car je n’ai pas trop l’habitude d’écrire. Bienvenue dans ma petite taverne en tout cas, on sert de la bière au beurre si tu veux ;).

  • Clémence

    30 janvier 2019 at 10 h 43 min

    Ton site est très sympa, j’aime beaucoup ton univers 🙂

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